Carrés fondants au chocolat, pruneaux et noisette (ou la meilleure façon d’utiliser l’okara) – La passion est-elle irrationnelle?

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Bon, mon titre est un peu racoleur: je suis loin d’avoir essayé toutes les manières très inventives et probablement délicieuses d’utiliser l’okara qu’on peut trouver chez plusieurs auteurs et blogueurs. Mais c’est la meilleure que j’aie trouvé jusqu’à présent: c’est donc la meilleure parmi euh… 2 ou 3 recettes… (je sens que mon coup de pub est en train de s’effondrer misérablement, là…).

L’okara, pour ceux qui vivent dans le monde normal et pas dans celui des biovoraces, c’est le résidu de pulpe (d’amande, de soja, de céréales…) qui reste après la fabrication d’un lait végétal. Pour plus d’information sur la manière de faire son propre lait végétal (et donc d’avoir de l’okara), vous pouvez par exemple aller voir ici. Si vous n’avez pas d’okara, je pense que vous pouvez quand même faire cette recette avec de la poudre d’amande à la place (attention, il faudra en mettre un poids inférieur, car l’okara étant humide, il pèse plus lourd). Je n’ai pas essayé, mais ça devrait marcher. Il faudra juste dans ce cas ajouter un petit peu plus de lait d’amande dans la pâte aux pruneaux.

Revenons à nos carrés fondants… Ils sont faits de deux couches richement cacaotées… une pâte onctueuse à base de pruneaux, de fruits secs et de cacao, et une ganache au cacao ultrafondante… Le tout parsemé de noisettes grillées et d’une pointe de fleur de sel…

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Là, si mes arguments de vente suggestifs sont de quelque efficacité, vous êtes en train de trouver des raisons de faire ces « carrés fondants qui ressemblent à des brownies mais qui n’en sont pas mais qui sont en fait meilleurs grâce à la pointe d’acidité apportée par les pruneaux » (j’ai pensé à intituler mon article comme ça, mais…) à la première occasion. Ils sont tellement sains. Ils sont rapides à faire. Pas besoin d’allumer le four. J’ai besoin de chocolat. Je l’ai bien mérité, j’ai survécu à mon lundi. Vous avez peut-être même commencé à penser aux moyens à mettre en œuvre pour vous rapprocher de la dégustation de ces mignardises chocolatées recouvertes de ganache qui font sur la langue.

Je voudrais vous parler un peu de cet usage de la raison… et vous parler un peu de Kant. Certains d’entre vous ont peut-être des souvenirs terrorisés de leurs classes de philosophie au lycée en entendant le nom de Kant… c’est pourquoi j’ai pensé qu’il était préférable d’enrober de chocolat le bonhomme pour le rendre un petit peu plus digeste.

Nous avons tendance à opposer la raison et la passion. La passion, on voit généralement plutôt ça du côté des sentiments, et les sentiments, on voit plutôt ça comme ce qui n’est pas rationnel par nature. Dans les discours qu’on entend un peu partout, on trouve une conception de l’homme qui ressemble à peu près à ça: un cerveau ou esprit rationnel + un « cœur » sentimental + un corps. Beaucoup de gens semblent être à peu près d’accord avec ce modèle. Mais tout ça n’est pas très clair, vous ne trouvez pas? Qu’Est-ce c’est que cette histoire de cerveau rationnel? Le cerveau, c’est ce qui pense? Ah bon, toutes nos pensées sont rationnelles? Et les sentiments, ça sort d’où? En quoi Est-ce différent de la pensée? Et comment Est-ce que tout ça communique? (Quant à l’épineuse question du dualisme corps/esprit, ça sera pour un autre article…)

Bref, il y a beaucoup à dire sur ce sujet – mais aujourd’hui je me contenterai d’appeler Kant à la rescousse pour vous donner quelques pistes sur la question du rapport de la raison aux passions. La passion, pour Kant, n’est pas indépendante de la raison. Au contraire: la passion n’est pas de l’ordre de l’émotion, non, c’est une calme résolution… avec l’accord de la raison. C’est une décision opiniâtre et indéracinable, parce qu’elle est autorisée et soutenue par la raison! Dans la passion, toutes les facultés rationnelles sont mises au service d’une obsession. Que ce soit la passion de l’argent, la passion du jeu, celle de la collection de papillons ou la passion amoureuse, quand on est dedans, c’est la raison que nous suivons… Car c’est à l’aide de la raison que nous cherchons – sans fin – des moyens pour nous rapprocher de ce qui nous intéresse tellement. Ainsi, vous l’avez peut-être remarqué, les comportements les plus obsessionnels sont vécus, concrètement, comme une réflexion rationnelle permanente. Ce type de rationalité, qui se charge de trouver les moyens pour parvenir à un but qui nous intéresse personnellement, est appelé par Kant la rationalité « pragmatique ». La raison pragmatique, c’est celle qui nous dit: « tu veux ça? Voilà ce que tu dois faire. »

Ce qui est néfaste dans la passion, pour Kant, c’est qu’elle kidnappe la raison. C’est un esclavage de la raison – un usage pathologique qui empêche un usage libre de nos facultés rationnelles. En plus, c’est incurable: la victime n’a en effet aucune envie de guérir…

Quand nous cherchons à être plus heureux, nous devons souvent nous battre contre des comportements qui nous font du mal, et dont pourtant nous n’arrivons pas à nous défaire; on peut donc les appeler des passions. Des addictions, des compulsions alimentaires, ou plus répandu encore, la passion de se dévaloriser, ou celle de se plaindre… Tout cela est en fait soutenu par la raison. Alors on accuse la raison: « Arrêtez de penser! » « Vous réfléchissez trop! » « Ecoutez plutôt votre cœur/ votre corps! ». Tout cela est très bien et sûrement très utile à beaucoup de personnes (et écouter son corps, ça ne peut pas faire de mal!). Mais, d’après moi, rejeter notre part rationnelle parce que la raison pragmatique s’est faite complice de nos passions est injuste. Raisonner compulsivement autour d’une obsession, ce n’est pas tout ce dont la raison est capable. Peut-on même vraiment appeler ça « penser »? La raison est un outil qui a de multiples facettes et de multiples usages…

NB: S’il y a des kantiens dans la salle, pardonnez la simplification que j’ai dû lui faire subir et l’outrecuidance que représente le fait de parler de lui au milieu d’une recette de cuisine. Mais corrigez-moi si j’ai fait une grosse erreur, merci!

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Carrés fondants au chocolat, aux pruneaux et aux noisettes

J’ai trouvé l’inspiration chez The Bojon Gourmet, avec ses brownies sans cuisson à base de dattes (recette en anglais).

Vous pouvez facilement doubler les proportions! Parce qu’à la maison on a été très triste quand il n’en est plus resté…

Pour le fondant aux pruneaux:

  • 80g de pruneaux dénoyautés
  • 45g d’okara d’amande
  • 30g de noisettes
  • 3 cuillérées à soupe de lait d’amande
  • 15g de cacao pur non sucré
  • 1 pointe de couteau de vanille en poudre
  • 1 pincée de sel

Pour la ganache:

  • 25g d’huile de coco
  • 1 cuillérée à soupe de lait d’amande
  • 20g de miel
  • 10g de cacao pur non sucré
  • une petite pointe de couteau de vanille en poudre

Finition: fleur de sel

Commencez par torréfier les noisettes: mettez-les dans une petite poêle et faites chauffer à feu moyen en remuant souvent et en surveillant avec la plus grande attention. Quand elles commencent à dorer et à sentir bon, retirez du feu. Mettez les noisettes dans un linge et frottez-les pour enlever les peaux autant que possible.

Prélevez 20g de noisettes et hachez-les. Gardez le reste pour la fin.

Préparez le fondant aux pruneaux: mixez les pruneaux avec le lait d’amande jusqu’à obtenir une pâte onctueuse à peu près homogène. Versez cette pâte dans un bol et ajoutez l’okara, mélangez puis ajoutez le cacao. Bien mélanger. Ajoutez les noisettes hachées, la vanille et le sel, et mélangez à nouveau.

Répartissez cette pâte dans un petit moule sur environ 2cm d’épaisseur. Si vous voulez pouvoir démouler par la suite, il faut tapisser au préalable le moule de papier cuisson (sinon, ça peut très bien se manger à la petite cuillère, personne ne vous jugera…). Réservez au congélateur pendant 15 min, ou au réfrigérateur un peu plus longtemps.

Pendant ce temps, préparez la ganache: mettez tous les ingrédients dans une petite casserole et faites chauffer à feu très doux jusqu’à ce que l’huile de coco soit fondue. Mélangez avec un fouet pour obtenir une préparation homogène et crémeuse.

Sortez la pâte aux pruneaux du congélateur/frigo et étalez la ganache dessus. Coupez grossièrement en morceaux les noisettes réservées plus tôt et répartissez-les sur la ganache. Saupoudrez d’une toute petite pincée de fleur de sel.

Réservez au réfrigérateur pendant au moins une heure avant de démouler, de découper en carrés et de servir.

 

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4 réflexions sur “Carrés fondants au chocolat, pruneaux et noisette (ou la meilleure façon d’utiliser l’okara) – La passion est-elle irrationnelle?

  1. Chouette, un brownie « cru » (enfin il sera cru pour ceux qui peuvent se payer du cacao cru ^^) sans dattes, ça donne très envie de tenter! Je me lance à ma prochaine fournée de lait d’amandes 🙂
    Merci pour cette recette – pour Kant je ne saurais rentrer dans la conversation, j’avoue.
    Lou

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  2. Le fameux okara 😉 faudrait déjà que je me plonge dans la conception de mon lait d’amandes… !
    En tout cas tes petits carrés fondants sont irrésistibles ! Il y a de quoi en perdre la raison… et sur tes bons conseils (ou explications « kantesques » ^^) au sujet de la rationalité « pragmatique », j’ajouterai tout simplement : « tu veux ces brownies ? Voilà ce que tu dois faire. » :p
    Bref, merci pour le partage, message bien reçu, 5/5 ! :))

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