Agneau Lagoto

AAP1100207- 1

Comme je le disais la dernière fois, le Banquet ne parle pas de nourriture. De quoi y parle-t-on? D’amour! Chacun des convives est mis au défi de faire l’éloge du dieu Eros, le dieu de l’amour. Bien sûr, c’est le personnage de Socrate qui aura le dernier mot. Pourtant, le passage le plus connu du Banquet, ce n’est pas la réponse de Socrate, mais celle d’Aristophane. Le mythe d’Aristophane n’est PAS l’opinion de Platon sur l’amour; mais il résonne beaucoup mieux avec l’idéal de l’amour à notre époque: un couple d’égaux unis pour l’éternité, et dont chacun est « l’âme sœur » de l’autre. Voici donc un extrait du discours d’Aristophane. Où d’ailleurs la nourriture fait un retour inattendu et étrange, sous la forme d’œufs durs et de soles…

 » La nature humaine était primitivement bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui. D’abord, il y avait trois sortes d’hommes, les deux sexes qui subsistent encore, et un troisième composé des deux premiers et qui les renfermait tous deux : il s’appelait androgyne ; il a été détruit, et la seule chose qui en reste, est le nom qui est en opprobre. Puis tous les hommes généralement étaient d’une figure ronde, avaient des épaules et des côtes attachées ensemble, quatre bras, quatre jambes, deux visages opposés l’un à l’autre et parfaitement semblables, sortant d’un seul cou et tenant à une seule tête, quatre oreilles, un double appareil des organes de la génération, et tout le reste dans la même proportion. Leur démarche était droite comme la nôtre, et ils n’avaient pas besoin de se tourner pour suivre tous les chemins qu’ils voulaient prendre; quand ils voulaient aller plus vite, ils s’appuyaient de leurs huit membres, par un mouvement circulaire, comme ceux qui les pieds en l’air imitent la roue. […] Leurs corps étaient robustes et leurs courages élevés, ce qui leur inspira l’audace de monter jusqu’au ciel et de combattre contre les dieux, ainsi qu’Homère l’écrit d’Éphialtès et d’Otos. Zeus examina avec les dieux ce qu’il y avait à faire dans cette circonstance. La chose n’était pas sans difficulté : les dieux ne voulaient pas les détruire comme ils avaient fait les géants en les foudroyant, car alors le culte que les hommes leur rendaient et les temples qu’ils leur élevaient, auraient aussi disparu; et, d’un autre côté, une telle insolence ne pouvait être soufferte. Enfin, après bien des embarras, il vint une idée à Zeus : Je crois avoir trouvé, dit-il, un moyen de conserver les hommes et de les rendre plus retenus, c’est de diminuer leurs forces : je les séparerai en deux ; par là ils deviendront faibles ; et nous aurons encore un autre avantage, qui sera d’augmenter le nombre de ceux qui nous servent : ils marcheront droits, soutenus de deux jambes seulement ; et, si après cette punition leur audace subsiste , je les séparerai de nouveau, et ils seront réduits à marcher sur un seul pied, comme ceux. qui dansent sur les outres à la fête de Dionysos. Après cette déclaration le dieu fit la séparation qu’il venait de résoudre, et il la fit de la manière que l’on coupe les œufs lorsqu’on veut les saler, ou qu’avec un cheveu on les divise en deux parties égales. […] Cette division étant faite, chaque moitié cherchait à rencontrer celle qui lui appartenait; et s’étant trouvées toutes les deux, elles se joignaient avec une telle ardeur dans le désir de rentrer dans leur ancienne unité, qu’elles périssaient dans cet embrassement de faim et d’inaction, ne voulant rien faire l’une sans l’autre. […] Voilà comment l’amour est si naturel à l’homme; l’amour nous ramène à notre nature primitive et, de deux êtres n’en faisant qu’un, rétablit en quelque sorte la nature humaine dans son ancienne perfection. Chacun de nous n’est donc qu’une moitié d’homme, moitié qui a été séparée de son tout, de la même manière que l’on sépare une sole. Ces moitiés cherchent toujours leurs moitiés. »

Le Banquet, 189c-191d, trad. Victor Cousin modifiée.

C’est mignon, n’est-ce pas? Ca me donnerait presque envie de vous servir des cupcakes roses en forme de cœur à partager avec votre âme sœur. Mais tout bien considéré, je préfère le ragoût de mouton à l’ail.

Mais avec ce plat, je reste en Grèce. Ce n’est pas du tout de la cuisine antique, parce que la sauce est à la tomate (qui vient d’Amérique). C’est un plat très simple, avec peu d’ingrédients, presque de la cuisine du placard. Le plus important, c’est une cuisson longue et à feu doux, qui rend la viande voluptueusement fondante – de quoi faire fondre tous les cœurs, malgré les saveurs fortes et franches de l’ail, de la menthe et de l’origan. Grâce à ces herbes, ce plat garde une fraîcheur rare pour un ragoût de viande.

Agneau Lagoto

Inspiré par une recette de Jamie Oliver.

Pour 2 personnes (seule concession au romantisme)

  • 300g de collier d’agneau, ou autre morceau convenant aux ragoûts
  • 5 gousses d’ail, avec leur peau
  • 10cl de purée de tomates
  • 1 cuillérée à café de menthe séchée
  • 1 cuillérée à café d’origan séché (j’ai utilisé du serpolet)
  • huile d’olive
  • sel, poivre

Faire cuire les gousses d’ail dans une petite casserole d’eau bouillante pendant 15 min. Une fois cuites, épluchez-les et réduisez-les en purée dans un mortier (ou à la fourchette…).

Vous pouvez dégraisser et découper en morceaux plus petits le collier d’agneau, mais ce n’est pas indispensable si vous avez la flemme.

Dans une casserole, faites chauffer un peu d’huile d’olive et faites-y revenir l’agneau sur toutes ses faces. Ajoutez la purée de tomates et suffisamment d’eau pour recouvrir à peine la viande. Ajoutez la purée d’ail et les herbes séchées, salez, poivrez.

Laissez mijoter à feu doux pendant 1 heure.

Servez avec des pâtes, du riz ou des patates pour accueillir la sauce parfumée, ainsi qu’avec des herbes fraîches (menthe, persil, coriandre…) si vous le souhaitez.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s