Les banquets des philosophes -Sablés apéritifs au romarin

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S’il vous est déjà arrivé, un jour de grand désœuvrement, de vous égarer dans la section Philosophie d’une bibliothèque, vous avez peut-être ressenti une certaine appréhension à tendre la main vers un de ces livres aux titres dissuasifs: « Phénoménologie de l’esprit ». « Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique ». « Seconds analytiques ». C’est alors probablement vers Platon que vous avez fait un geste hésitant, parce que Platon, ça vous dit quelque chose comme nom. Et comme vous aviez un peu faim (ce qui vous arrive souvent, c’est pour ça que vous êtes en train de lire un blog de cuisine), vous avez choisi son ouvrage au titre le plus évocateur: Le Banquet.

Malheureusement, vos espoirs de festins ont vite été déçus.

Comme tous les livres de Platon, le Banquet est un dialogue, qui raconte une petite histoire pour planter le décor. Socrate et d’autres personnes de bonne compagnie sont invités à un banquet chez Agathon. Vous commencez déjà à fantasmer des viandes rôties aux herbes, du fromage de brebis et des figues… Mais Socrate, le clou de la soirée, est en retard. Pourquoi? Il a été pris de l’envie subite de philosopher sur le chemin, et est arrêté depuis une heure, debout et le regard dans le vague, à quelques jets de javelot de la maison d’Agathon (vous essaierez de servir cette excuse la prochaine fois que vous serez en retard). Quand il arrive enfin, il a manqué la moitié du dîner (des poissons grillés? de la purée de fèves?) et n’apporte même pas une jarre de pinard pour se faire pardonner, aucun savoir-vivre. Les convives finissent de manger de manière expéditive, avant de passer aux choses sérieuses, trop sérieuses: la philosophie. Parce que visiblement il ne faut plus avoir la bouche pleine pour parler. Adieu, galettes d’orge, olives et gâteaux au miel (en fait, j’ai aucune idée de la cuisine grecque de l’époque): dans le Banquet, on ne parlera pas de nourriture.

Avec ça, vous n’avez peut-être plus très envie d’inviter des philosophes à dîner. Mais rassurez-vous: de nos jours, les platoniciens se font rares. La plupart des étudiants en philosophie, professeurs, chercheurs, auteurs et « sages » autodidactes que je connais ont une relation à la nourriture parfaitement conforme à notre culture: ils mangent, parlent, boivent, en même temps. Les meilleures discussions philosophiques ont lieu un verre de vin à la main en mangeant des chips de légumes et des gâteaux maison. Les séminaires de recherche se terminent toujours par un bon restaurant. Et on ne saurait imaginer une conférence sans au minimum du café et des biscuits.

Manger et discuter, ça va bien ensemble. Et ce n’est pas parce qu’on a passé quelques années à étudier Platon et les autres livres obscurs cités plus haut que nos banquets sont très différents de ceux qui vous réunissent avec votre belle-famille, souvent si riches en débats houleux. Dans les deux cas, la question est : qu’aura-t-on retenu du repas: la nourriture servie ou la discussion?

Vous pourrez donc servir ces biscuits apéritif au petit épeautre et romarin à votre prochain banquet: pour inspirer les dialogues philosophiques que vous faites déjà avec vos amis, sans le savoir.

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Sablés salés au petit épeautre et au romarin

Il est très facile et économique de faire vous-mêmes des biscuits apéritifs: si vous savez faire une pâte à tarte, vous savez faire des crackers parfumés à ce qu’il vous plaira. Et si vous ne savez pas, laissez-moi vous expliquer.

Pour une trentaine de biscuits:

  • 130g de farine complète de petit épeautre
  • 1/2 cuillérée à café de sel
  • 1 pincée de bicarbonate de soude
  • 1 cuillérée à café de feuilles de romarin hachées
  • 4 cuillérées à soupe d’huile d’olive
  • environ 3 cl d’eau

Dans un saladier, mélangez la farine, le sel, le bicarbonate et le romarin. Versez l’huile et mélangez à la cuillère puis du bout des doigts pour que l’huile soit à peu près répartie dans la farine. Versez suffisamment d’eau pour former une pâte molle. Commencez à la travailler à la main: les fibres de la farine complète vont absorber l’eau et la pâte va devenir ferme et homogène. Elle doit rester souple et douce: si elle est trop sèche, ajoutez un peu d’eau. Enveloppez la boule de pâte de film étirable ou d’un linge légèrement humide et laissez reposer 30 min à température ambiante.

Préchauffez le four à 180°C. Pétrissez légèrement la pâte pour qu’elle soit bien homogène puis étalez la sur un plan de travail fariné sur une épaisseur de 2 à 3 mm. Découpez des carrés ou la forme de votre choix. Décollez les crackers du plan de travail à l’aide d’une spatule fine en métal ou d’un couteau et déposez les sur une plaque recouverte de papier cuisson. Enfournez pour 15 min. Laissez refroidir sur une grille à pâtisserie.

Grignotez en discutant.

 

 

 

 

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3 réflexions sur “Les banquets des philosophes -Sablés apéritifs au romarin

  1. Pingback: Agneau Lagoto | Le chaudron du philosophe

  2. Bonsoir Léa !
    De passage chez Marie (une fois.. de plus… c’est coutume ;-)), je découvre ta participation au KKVKVK ! J’ai bien fait de suivre ton lien ^^
    Je découvre ton petit univers émergeant fort sympathique, une écriture plaisante, drôle, je me régale !
    @ très bientôt !
    Sandy

    J'aime

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