Glace au café (sans lait et à IG bas)

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Quand la cuisine familiale s’est équipée d’une sorbetière, j’ai cru que je pourrai laisser libre cours à mon imagination et inventer facilement des dizaines de recettes de glaces bien meilleures que celles du commerce. Mais peu de temps après, j’ai compris qu’il fallait que j’évite les aliments à Indice Glycémique élevé, ainsi que les laitages, surtout lorsqu’ils ne sont pas fermentés. J’ai alors été confrontée à un épineux problème: le Problème de la Glace.

Le problème de la glace

Le Problème de la Glace consiste à trouver les bonnes proportions d’ingrédients pour obtenir une texture de glace onctueuse et agréable, et un goût intense, au lieu d’un pavé de glace fade et découpable uniquement à la scie à métaux. Ce problème se complique quand on essaye d’éviter, pour des raisons diététiques, les principaux ingrédients traditionnels de la glace et du sorbet: le sucre, le lait et la crème. En effet, ce sont ces produits qui empêchent en général la glace de prendre en brique pour igloo. Il faut alors faire preuve de la persévérance la plus obstinée, de la rigueur la plus scientifique, de l’innovation la plus audacieuse, bref, il faut faire plusieurs essais avant d’arriver à quelque chose de satisfaisant. Le but du jeu est d’agir sur un ensemble de paramètres qui ont pour effet de diminuer le durcissement de la glace, tout en évitant l’écueil inverse de la glace qui ne prend pas:

  • Le sucre: c’est le seul agent d’onctuosité dans les sorbets « liquides » du genre sorbet au citron. C’est ce qui explique que ces sorbets sont extrêmement sucrés… Et le sucre étant très mauvais pour moi, c’est le premier obstacle à franchir dans ma quête de la glace. Pour diminuer l’indice glycémique, on peut remplacer le sucre par du sirop d’agave (qui liquéfie aussi la préparation), par du sucre de bouleau, du sucre de coco ou du miel d’acacia. Il faut savoir aussi que le froid diminue pas mal la sensation de sucré, c’est pourquoi les glaces doivent contenir plus de sucre qu’une préparation servie à température ambiante.
  • La matière grasse: traditionnellement, de la crème, du lait entier, des jaunes d’oeufs. Les recettes de glace « vegan » sont souvent à base de lait de coco, qui est assez gras. Ça marche bien et c’est très bon (un de ces jours je vous donnerai ma recette de glace à la pêche, gingembre et lait de coco qui vaut le détour), mais voilà, ça a goût de coco. J’aime bien ça mais ça devient un peu lassant, ce goût de coco omniprésent dans la cuisine « saine », non?  Les autres laits végétaux ne sont pas assez gras pour remplir cette fonction à eux seuls. Par contre, la crème d’amande (en briquettes, qu’on trouve en magasin bio) ou de soja donne de bons résultats mélangée à des purées de fruits. J’ai aussi vu des recettes qui utilisaient comme corps gras des purées d’oléagineux, mais je n’ai pas encore essayé. Pour cette glace au café, j’ai utilisé une base de lait d’amande et de jaunes d’oeufs en suivant la technique d’une crème anglaise classique, que j’ai encore enrichie avec de la crème d’amande.
  • L’alcool: Très efficace. Presque trop. Attention au dosage, j’ai le souvenir d’un essai de glace rhum-raisin mémorable qui aurait fait rouler sous la table le capitaine Haddock. 2 cuillerées à soupe par demi-litre suffisent en général, sauf si vous voulez un sorbet digestif.
  • L’épaisseur: une texture plus épaisse permet d’obtenir une glace plus onctueuse. L’épaisseur de l’appareil peut être obtenue avec une émulsion de jaunes d’oeufs (comme ici), avec de la fécule (de maïs, d’arrow-root… comme ici aussi), avec de la purée de fruit pas trop aqueuse (abricots par exemple), avec de la gomme (de guar ou xanthane: pas essayé), avec un laitage onctueux comme du yahourt ou du fromage blanc, avec du tofu soyeux… Jouer sur l’épaisseur avec une petite quantité de fécule par exemple permet de ne pas avoir à mettre trop de matière grasse.
  • L’air: incorporer de l’air dans la préparation, en la mixant au blender ou en ajoutant des blancs d’oeufs battus en neige par exemple, permet à la glace de prendre de manière moins « solide ».
  • Le procédé: pour obtenir une glace à la consistance parfaite, l’idéal est d’utiliser une sorbetière, qui brise les cristaux de glace au fur et à mesure qu’ils se forment. Il existe toutefois beaucoup de recettes de glaces sans sorbetière, mais il faut alors insister un peu plus sur les autres paramètres d’onctuosité. Cette recette de glace au café nécessite une sorbetière, je vous déconseille d’essayer sans.
  • Le temps: même fabriquées avec de la crème de lait et beaucoup de sucre, les glaces maison se conservent moins longtemps que celles du commerce. Elles finissent par durcir et devenir fades. Il vaut mieux en faire en petite quantité et la manger dans les jours suivants, idéalement le jour même dès qu’elle est prise.

Bref, vous comprenez pourquoi le livret de recettes de la sorbetière met en garde: « suivez bien les recettes et ne commencez pas à faire le malin et à essayer des combinaisons originales ou vous aurez mal aux dents » (j’interprète un peu). Mais avec un peu d’expérience, on peut quand même tomber juste de temps en temps. J’aimerais bien pouvoir vous dire que cette recette est le résultat d’une élaboration très rationnelle, incluant graphiques, courbes et calculs de diamètre des cristaux, mais la cuisine ça marche pas comme ça. J’ai croisé plusieurs recettes et j’ai eu un coup de bol. Le résultat est très satisfaisant: le goût de l’amande se marie à merveille avec le café, de sorte qu’on regrette pas du tout le lait.

 Et si vous connaissez d’autres solutions au problème de la glace, les suggestions sont bienvenues!

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Glace au café et à l’amande

  • 3 jaunes d’œufs
  • 77g de sucre de bouleau (ou 110g de sucre ordinaire si vous vous en fichez de l’IG)
  • 5g de fécule de maïs
  • 40cl de lait d’amande
  • 15cl de crème d’amande (« amande cuisine »)
  • 10g de café soluble

Dans un grand saladier, battez le sucre avec les jaunes d’œufs au batteur électrique (conseillé…) jusqu’à ce que le mélange blanchisse et augmente de volume. Ajoutez la fécule et mélangez délicatement.

Pendant ce temps, faites chauffer le lait d’amande dans une casserole à fond épais, jusqu’à ce qu’il fume mais sans bouillir.

Quand le lait est chaud, versez-le dans le saladier sur la préparation aux œufs en mélangeant au fouet. Versez à nouveau tout le contenu du saladier dans la casserole.

Faites cuire la crème à feu très doux en remuant sans cesse avec une cuillère en bois. La crème et prête lorsqu’elle a un peu épaissi et qu’elle nappe la cuillère. Cela prend environ 15 min; il ne faut pas prolonger la cuisson trop longtemps ou augmenter le feu pour aller plus vite, ou la crème tournera.

Dissolvez le café dans la crème anglaise encore chaude. Ajoutez la crème d’amande.

Laissez refroidir complètement avant de faire prendre en sorbetière en suivant les indications du fabriquant.

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Sans image: Muffins salés aux tomates séchées et coeurs d’artichauts

Enfin, des vacances!

Les derniers mois ont été un marathon de concours et de rédaction de mémoire. Pas le temps ni l’énergie de cuisiner, encore moins d’écrire un article. J’avais même plus très envie de manger (un état extrêmement inhabituel chez moi), et quand ça devenait urgent, je me nourrissais de ce que j’avais sous la main, sans recherche.

Là-dessus, on m’a volé mon appareil photo; ce qui explique pourquoi cet article est sans image… Le temps que j’en achète un autre et que j’apprenne à m’en servir, il va falloir faire travailler votre imagination!

Donc, imaginons – un jour festif au début des vacances, déjeuner sur la terrasse, sous un parasol à rayures un peu bancal. J’ai fait, en entrée, des muffins salés que j’ai recouvert d’un glaçage de fromage de chèvre frais, surmonté d’une délicate fleur de fenouil. Les muffins sont moelleux et parfumés d’herbes de Provence, de tomates séchées et de petits cœurs d’artichauts marinés à l’italienne. Pour les accompagner, une grosse poignée de salade verte. Il fait chaud, mais pas trop – juste assez pour avoir un prétexte pour se resservir du rosé. Musique: cigales, bien entendu.

Alors, ça vous parle?

La base de ces muffins est très fortement inspirée d’une recette de Marie Chioca, que j’ai adoptée parce que je la trouve particulièrement moelleuse et saine. Comme le suggère Marie, vous pouvez faire un repas avec deux ou trois de ces muffins avec quelques crudités; moi, je les ai servis en entrée (un par personne).

 

Muffins salés aux tomates séchées, cœurs d’artichauts et chèvre frais

Pour 6 à 7 muffins:

  • 120g de farine T110 de grand épeautre ou de blé
  • 1/2 sachet de levure
  • 1 yahourt
  • 1/2 pot de yahourt d’huile d’olive
  • 3 oeufs
  • sel (une pincée), poivre
  • une dizaine de pétales de tomates séchées
  • 90g de cœurs d’artichauts marinés en conserve
  • 1 cuillerée à café d’origan
  • 1/2 cuillerée à café de thym

Pour le « glaçage » au chèvre frais:

  • 60g de chèvre frais
  • environ 2 cuillerées à soupe de lait
  • Décoration: fleurs et feuilles de fenouil, ou autres herbes ou fleurs comestibles

 

Préchauffez le four à 180°C.

Coupez les tomates séchées et les artichauts en petits morceaux.

Dans un saladier, mélangez la farine, la levure, le sel et le poivre. Faites un puits.

Dans un autre bol, battez les œufs à la fourchette et mélangez avec le yahourt, l’huile et les herbes. Versez dans le saladier avec la farine et mélangez rapidement au fouet. Ajoutez les morceaux de légumes et mélangez rapidement. Remplissez des moules à muffins avec la pâte et enfournez pour 20 minutes. Une fois cuit, démoulez et laissez complètement refroidir sur une grille à pâtisserie.

Préparez le glaçage: travaillez le chèvre avec le lait pour obtenir une sorte de crème onctueuse. Tartinez-en les muffins avec un couteau. Pour que ce soit joli, égalisez le chèvre avec le plat du couteau en partant du sommet du muffin vers les bords, en tournant le muffin au fur et à mesure pour former un motif de rosace. Décorez selon votre inspiration avec des herbes ou des fleurs comestibles (je précise parce qu’on sait jamais… le laurier rose, c’est très joli mais je vous le déconseille si vous voulez vivre vieux).

 

Radis roses en saumure (lacto-fermentés)

Radis lacto-fermentés-3

J’ai eu du mal à trouver une bonne manière de les photographier, ces radis. Parce que des radis lacto-fermentés dans leur pot, ça ressemble à ça:

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Franchement, ça vous fait penser à quoi? Embryons de rats? Doigts de zombies en saumure? Alors, certes, j’ai trouvé le condiment parfait pour Halloween, mais hors contexte, c’est tout de même pas très appétissant; ou du moins, c’est… étrange.

Alors j’ai coupé mes radis en fines rondelles pour les photographier dans un peu de leur jus. Et maintenant, ça ressemble à quoi? A des cellules vues au microscope, non? Quoi que je fasse, pas moyen d’éviter ce côté organique un peu dérangeant.

Mais finalement, j’ai trouvé une certaine beauté dans cette obstination du radis en saumure à symboliser ce qu’il est: une chose vivante.

En effet, les radis lacto-fermentés, ce ne sont plus des radis: ce sont des millions de bactéries qui ont prospéré et foisonné dans un milieu douillettement prévu pour leur épanouissement optimal. Ces bactéries sont les mêmes que celles qui peuplent notre flore intestinale: en consommant des aliments lacto-fermentés en guise de probiotique on renforce cette flore. En plus c’est bon: le goût rappelle la choucroute (qui est fermentée selon le même principe), c’est frais, acidulé et légèrement salé. Les radis restent fermes et prennent un goût plus intéressant, je trouve, que lorsqu’ils sont « nature ». Et ils ne piquent plus.

Depuis quelques années je fais fermenter toutes sortes de choses: je trouve ça fascinant. Mais parfois, cette histoire de flore intestinale, ça me fait considérer les choses sous un angle subversif… Nous portons plus de micro-organismes qu’il n’y a de cellules dans notre corps. Ces petites bestioles nous permettent de digérer, mais interviennent dans beaucoup d’autres fonctions, dont la science commence tout juste à se faire une idée. Elles influencent même notre humeur et nos capacités cognitives… Alors, ces microbes qui sont nécessaires au fonctionnement de mon corps, est-ce que c’est mon corps?

Spontanément, j’ai tendance à penser que je suis ma propre fin: c’est-à-dire que mes organes et toutes les fonctions de mon corps sont organisées vers la conservation de ma personne en tant que telle. J’existe d’abord pour moi. Mais si je vis en collaborant avec des colonies de bactéries, on ne peut pas dire aussi facilement qu’elles sont là pour moi. Et si c’était l’inverse? Si mon corps n’était qu’un véhicule pour les accueillir, les nourrir et les faire se propager? Et si les bactéries tiraient en fait les ficelles de ce véhicule, en provoquant chez moi des envies et des projets qui servent leur propre survie? Par exemple en me faisant faire des radis lacto-fermentés?

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Radis roses lacto-fermentés

Le principe de la lacto-fermentation est très simple: on met des légumes dans un environnement légèrement salé et à l’abri de l’air, et on laisse faire. Il faut seulement:

  • 1 botte de radis, bien nettoyés et parés
  • 50 cl d’eau minérale, filtrée ou d’eau du robinet bouillie et refroidie (le but est d’éviter l’eau très chlorée)
  • 15g de gros sel non raffiné
  • un bocal hermétique avec son caoutchouc, bien propre (éventuellement stérilisé, mais ce n’est pas indispensable, j’ai déjà fait sans et tout c’est bien passé)
  • 2 à 3 semaines devant vous

Préparez la saumure en dissolvant le sel dans l’eau. Mettez les radis dans le bocal et recouvrez-les avec la saumure. Il doit rester environ 2cm entre la surface de l’eau et l’ouverture du bocal, car du gaz se dégage pendant la fermentation et peut faire déborder le jus. Fermez le bocal et ne l’ouvrez plus.

Faites fermenter d’abord à température ambiante pendant 5 à 7 jours, puis dans une atmosphère plus fraîche (15 à 20°C) pendant 1 ou 2 semaines supplémentaires. Le temps de fermentation peut varier en fonction: de la température (plus il fait chaud moins il est nécessaire de faire fermenter longtemps), de vos goûts (le goût de fermenté devient de plus en plus fort avec le temps, et la préparation devient de plus en plus acide). Il vous faudra donc faire des essais. De plus, il faut savoir que les aliments fermentés n’ont jamais exactement le même goût, car c’est un processus vivant, qui dépend de bien trop de facteurs pour qu’on puisse le contrôler complètement. C’est ce qui fait tout son charme!

Dans tous les cas, si on suit le procédé simple décrit plus haut, la lacto-fermentation n’est jamais dangereuse pour la santé: les bactéries pathogènes ne peuvent tout simplement pas se développer dans un milieu sans air. Si vous ouvrez trop souvent le bocal pendant la fermentation, des moisissures blanches peuvent apparaître en surface. Elles ne sont pas dangereuses et il suffit de les enlever, le reste de la préparation reste consommable.

Les légumes lacto-fermentés se conservent très longtemps (au moins un an) tant qu’ils ne sont pas ouverts (ça se conservera donc jusqu’à Halloween!). Une fois ouverts, mettez-les au frigo, où ils se conserveront encore très longtemps (je ne sais pas combien de temps exactement, je ne les ai jamais vu tourner de l’œil. Vous avez largement le temps de les consommer petit à petit).

Quinoa aux champignons, betterave et fourme d’Ambert – Un certain Blaise Pascal…

Quinoa aux champignons, betterave et fourme d'Ambert - 1

Cuisine du quotidien.

Saveurs terreuses de trois sortes, qui s’harmonisent.

etc., etc.

Si j’arrêtais là mon article, il pourrait ressembler à une version terre-à-terre d’une pensée de Pascal. Vous connaissez le poème de Jacques Prévert?

« LES PARIS STUPIDES

Un certain Blaise Pascal

etc… etc… « 

Blaise Pascal, c’était un jeune homme brillant. Il avait de grands projets. Et il avait plein d’idées, tout le temps, et il notait tout, pour préparer son futur bouquin. Malheureusement, il est mort avant d’avoir commencé à rédiger au propre. Mais comme on savait que c’était un génie, on a soigneusement rassemblé toutes ces notes éparses: cahiers, carnets, bouts de papiers, rouleaux de parchemin, emballages de bonbon, serviettes de tables… Si on a pas gardé ses listes de courses, c’est probablement parce qu’il ne faisait pas ses courses lui-même. Et on a assemblé et classé tout ce fouillis, et on a appelé ça Pensées.

Mais comme Pascal était un génie, ce qui aurait pu être un goulbi-goulba incompréhensible est en fait une mine de textes très courts, très concis, qui dépeignent des idées originales avec un sens de la formule ahurissant. Entendons-nous bien: c’est quand même relativement chaotique et difficile à comprendre. Comme Pascal, lui, savait ce qu’il voulait dire, il se contentait souvent de noter une demi-phrase suivie d’un « etc », juste pour s’en souvenir plus tard. Mais c’est ce qui fait tout le charme des Pensées!

Je vous conseille donc vivement de tenter une fois dans votre vie une « expérience Pascal » (frissons garantis!): allez à la bibliothèque, prenez un exemplaire des Pensées et ouvrez-le au hasard. Notez les pensées qui vous plaisent. Avoir un petit répertoire de pensées de Pascal, c’est très utile dans la vie quotidienne, de plusieurs façons:

  • Préparez des biscuits de la fortune chinois, et garnissez-les d’une pensée (faudra que j’essaye!).
  •  Utilisez une pensée à l’improviste pour faire prendre un tour plus intéressant à une conversation ennuyeuse à table. Valable aussi pour les moments où vous ne savez plus quoi dire, ou ceux où vous êtes sur le point d’être pris en flagrant délit d’avoir tort.
  • Affichez-les dans vos toilettes pour impressionner vos amis. Par contre, vos invités risquent d’y rester plus longtemps (le temps d’essayer de comprendre quelque chose…) et d’en ressortir troublés.
  • Utilisez les Pensées comme un ouvrage de divination. Si si ça marche! C’est garanti aussi exact que l’horoscope du Gorafi.
  • Evincez un « dragueur » de rue trop insistant avec classe en lui balançant une pensée qui n’a aucun rapport avec le contexte (voir le guide d’autodéfense d’Irene Zeilinger pour plus d’infos sur cette technique).
  • En tatouage (réservé aux vrais passionnés).
  • Pour provoquer une méditation. Parce que, blague à part, Pascal, c’est quand même de la bonne philosophie.

J’aimerais pouvoir vous expliquer exactement à quoi fait référence le poème de Prévert cité plus haut. Malheureusement, ça me forcerait à transgresser une des règles que je me suis imposée en créant ce blog: ne jamais parler de religion sur internet. Donc si ça vous intéresse, vous pouvez chercher « pari de Pascal » sur Wikipédia, et vous pourrez décider par vous-même s’il s’agit d’un pari stupide ou non!

Quinoa aux champignons, betterave et fourme d'Ambert - 2

Quinoa aux champignons, betterave et fourme d’Ambert

Pour 2 personnes:

  • 2 beaux champignons de Paris
  • 1 betterave (environ 150g) crue
  • 1 gousse d’ail, hachée
  • 85g de quinoa
  • 25g de fourme d’Ambert
  • 2 cuillérées à café de beurre clarifié
  • 1 pincée de gros sel

Emincez les champignons. Epluchez la betterave et coupez-la en petits dés.

Faites chauffer une poêle à feu moyen-vif et versez-y le beurre clarifié. Mettez les champignons dans la poêle, si possible en une seule couche. Laissez-les saisir quelques minutes, sans remuer, jusqu’à ce que la face côté poêle soit dorée. Puis remuez et ajoutez la betterave. Faites sauter une minute en remuant souvent.

Rincez le quinoa, puis versez-le dans la poêle. Ajoutez 3 fois son volume d’eau.

Ajoutez l’ail et le sel. Remuez rapidement pour mélanger puis baissez le feu, couvrez et laissez cuire sans rien faire jusqu’à ce que le quinoa ait absorbé toute l’eau et soit cuit (environ 30 minutes).

Coupez la fourme en petits morceaux et répartissez-les sur le quinoa. Dès que le fromage est fondu, éteignez le feu et servez immédiatement.

Carrés fondants au chocolat, pruneaux et noisette (ou la meilleure façon d’utiliser l’okara) – La passion est-elle irrationnelle?

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Bon, mon titre est un peu racoleur: je suis loin d’avoir essayé toutes les manières très inventives et probablement délicieuses d’utiliser l’okara qu’on peut trouver chez plusieurs auteurs et blogueurs. Mais c’est la meilleure que j’aie trouvé jusqu’à présent: c’est donc la meilleure parmi euh… 2 ou 3 recettes… (je sens que mon coup de pub est en train de s’effondrer misérablement, là…).

L’okara, pour ceux qui vivent dans le monde normal et pas dans celui des biovoraces, c’est le résidu de pulpe (d’amande, de soja, de céréales…) qui reste après la fabrication d’un lait végétal. Pour plus d’information sur la manière de faire son propre lait végétal (et donc d’avoir de l’okara), vous pouvez par exemple aller voir ici. Si vous n’avez pas d’okara, je pense que vous pouvez quand même faire cette recette avec de la poudre d’amande à la place (attention, il faudra en mettre un poids inférieur, car l’okara étant humide, il pèse plus lourd). Je n’ai pas essayé, mais ça devrait marcher. Il faudra juste dans ce cas ajouter un petit peu plus de lait d’amande dans la pâte aux pruneaux.

Revenons à nos carrés fondants… Ils sont faits de deux couches richement cacaotées… une pâte onctueuse à base de pruneaux, de fruits secs et de cacao, et une ganache au cacao ultrafondante… Le tout parsemé de noisettes grillées et d’une pointe de fleur de sel…

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Là, si mes arguments de vente suggestifs sont de quelque efficacité, vous êtes en train de trouver des raisons de faire ces « carrés fondants qui ressemblent à des brownies mais qui n’en sont pas mais qui sont en fait meilleurs grâce à la pointe d’acidité apportée par les pruneaux » (j’ai pensé à intituler mon article comme ça, mais…) à la première occasion. Ils sont tellement sains. Ils sont rapides à faire. Pas besoin d’allumer le four. J’ai besoin de chocolat. Je l’ai bien mérité, j’ai survécu à mon lundi. Vous avez peut-être même commencé à penser aux moyens à mettre en œuvre pour vous rapprocher de la dégustation de ces mignardises chocolatées recouvertes de ganache qui font sur la langue.

Je voudrais vous parler un peu de cet usage de la raison… et vous parler un peu de Kant. Certains d’entre vous ont peut-être des souvenirs terrorisés de leurs classes de philosophie au lycée en entendant le nom de Kant… c’est pourquoi j’ai pensé qu’il était préférable d’enrober de chocolat le bonhomme pour le rendre un petit peu plus digeste.

Nous avons tendance à opposer la raison et la passion. La passion, on voit généralement plutôt ça du côté des sentiments, et les sentiments, on voit plutôt ça comme ce qui n’est pas rationnel par nature. Dans les discours qu’on entend un peu partout, on trouve une conception de l’homme qui ressemble à peu près à ça: un cerveau ou esprit rationnel + un « cœur » sentimental + un corps. Beaucoup de gens semblent être à peu près d’accord avec ce modèle. Mais tout ça n’est pas très clair, vous ne trouvez pas? Qu’Est-ce c’est que cette histoire de cerveau rationnel? Le cerveau, c’est ce qui pense? Ah bon, toutes nos pensées sont rationnelles? Et les sentiments, ça sort d’où? En quoi Est-ce différent de la pensée? Et comment Est-ce que tout ça communique? (Quant à l’épineuse question du dualisme corps/esprit, ça sera pour un autre article…)

Bref, il y a beaucoup à dire sur ce sujet – mais aujourd’hui je me contenterai d’appeler Kant à la rescousse pour vous donner quelques pistes sur la question du rapport de la raison aux passions. La passion, pour Kant, n’est pas indépendante de la raison. Au contraire: la passion n’est pas de l’ordre de l’émotion, non, c’est une calme résolution… avec l’accord de la raison. C’est une décision opiniâtre et indéracinable, parce qu’elle est autorisée et soutenue par la raison! Dans la passion, toutes les facultés rationnelles sont mises au service d’une obsession. Que ce soit la passion de l’argent, la passion du jeu, celle de la collection de papillons ou la passion amoureuse, quand on est dedans, c’est la raison que nous suivons… Car c’est à l’aide de la raison que nous cherchons – sans fin – des moyens pour nous rapprocher de ce qui nous intéresse tellement. Ainsi, vous l’avez peut-être remarqué, les comportements les plus obsessionnels sont vécus, concrètement, comme une réflexion rationnelle permanente. Ce type de rationalité, qui se charge de trouver les moyens pour parvenir à un but qui nous intéresse personnellement, est appelé par Kant la rationalité « pragmatique ». La raison pragmatique, c’est celle qui nous dit: « tu veux ça? Voilà ce que tu dois faire. »

Ce qui est néfaste dans la passion, pour Kant, c’est qu’elle kidnappe la raison. C’est un esclavage de la raison – un usage pathologique qui empêche un usage libre de nos facultés rationnelles. En plus, c’est incurable: la victime n’a en effet aucune envie de guérir…

Quand nous cherchons à être plus heureux, nous devons souvent nous battre contre des comportements qui nous font du mal, et dont pourtant nous n’arrivons pas à nous défaire; on peut donc les appeler des passions. Des addictions, des compulsions alimentaires, ou plus répandu encore, la passion de se dévaloriser, ou celle de se plaindre… Tout cela est en fait soutenu par la raison. Alors on accuse la raison: « Arrêtez de penser! » « Vous réfléchissez trop! » « Ecoutez plutôt votre cœur/ votre corps! ». Tout cela est très bien et sûrement très utile à beaucoup de personnes (et écouter son corps, ça ne peut pas faire de mal!). Mais, d’après moi, rejeter notre part rationnelle parce que la raison pragmatique s’est faite complice de nos passions est injuste. Raisonner compulsivement autour d’une obsession, ce n’est pas tout ce dont la raison est capable. Peut-on même vraiment appeler ça « penser »? La raison est un outil qui a de multiples facettes et de multiples usages…

NB: S’il y a des kantiens dans la salle, pardonnez la simplification que j’ai dû lui faire subir et l’outrecuidance que représente le fait de parler de lui au milieu d’une recette de cuisine. Mais corrigez-moi si j’ai fait une grosse erreur, merci!

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Carrés fondants au chocolat, aux pruneaux et aux noisettes

J’ai trouvé l’inspiration chez The Bojon Gourmet, avec ses brownies sans cuisson à base de dattes (recette en anglais).

Vous pouvez facilement doubler les proportions! Parce qu’à la maison on a été très triste quand il n’en est plus resté…

Pour le fondant aux pruneaux:

  • 80g de pruneaux dénoyautés
  • 45g d’okara d’amande
  • 30g de noisettes
  • 3 cuillérées à soupe de lait d’amande
  • 15g de cacao pur non sucré
  • 1 pointe de couteau de vanille en poudre
  • 1 pincée de sel

Pour la ganache:

  • 25g d’huile de coco
  • 1 cuillérée à soupe de lait d’amande
  • 20g de miel
  • 10g de cacao pur non sucré
  • une petite pointe de couteau de vanille en poudre

Finition: fleur de sel

Commencez par torréfier les noisettes: mettez-les dans une petite poêle et faites chauffer à feu moyen en remuant souvent et en surveillant avec la plus grande attention. Quand elles commencent à dorer et à sentir bon, retirez du feu. Mettez les noisettes dans un linge et frottez-les pour enlever les peaux autant que possible.

Prélevez 20g de noisettes et hachez-les. Gardez le reste pour la fin.

Préparez le fondant aux pruneaux: mixez les pruneaux avec le lait d’amande jusqu’à obtenir une pâte onctueuse à peu près homogène. Versez cette pâte dans un bol et ajoutez l’okara, mélangez puis ajoutez le cacao. Bien mélanger. Ajoutez les noisettes hachées, la vanille et le sel, et mélangez à nouveau.

Répartissez cette pâte dans un petit moule sur environ 2cm d’épaisseur. Si vous voulez pouvoir démouler par la suite, il faut tapisser au préalable le moule de papier cuisson (sinon, ça peut très bien se manger à la petite cuillère, personne ne vous jugera…). Réservez au congélateur pendant 15 min, ou au réfrigérateur un peu plus longtemps.

Pendant ce temps, préparez la ganache: mettez tous les ingrédients dans une petite casserole et faites chauffer à feu très doux jusqu’à ce que l’huile de coco soit fondue. Mélangez avec un fouet pour obtenir une préparation homogène et crémeuse.

Sortez la pâte aux pruneaux du congélateur/frigo et étalez la ganache dessus. Coupez grossièrement en morceaux les noisettes réservées plus tôt et répartissez-les sur la ganache. Saupoudrez d’une toute petite pincée de fleur de sel.

Réservez au réfrigérateur pendant au moins une heure avant de démouler, de découper en carrés et de servir.

 

Mantecaos à la farine de pois chiches et aux sucres complets

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Je sais, à première vue, ça ne ressemble pas vraiment à des mantecaos et à leur dôme blanc poudré de cannelle. Mais avant de crier au crime de lèse-mantecaos, d’invoquer les esprits irrités d’ancêtres marocaines ou espagnoles, de pester contre les ingrédients bio-bizarres et la tyrannie de la cuisine « sans », ennemie du goût et du plaisir… Sachez que :

  • les mantecaos à la farine de pois chiches, ça existe déjà, c’est une variante tunisienne.
  • la farine de pois chiches prend un délicieux petit goût de noisette à la cuisson. Ca va très bien avec le sucré, et non, vous n’aurez pas l’impression de manger des biscuits au houmous.
  • les sucres complets (ici de canne et de fleur de coco), qui donnent leur couleur brune peu orthodoxe à mes mantecaos, sont meilleurs que le sucre blanc, surtout dans les biscuits.
  • Contrairement aux mantecaos que j’ai mangé jusqu’ici, qui peuvent être un peu étouffe-chrétien, ceux-là sont moelleux à cœur, et croustillants sur les bords, un peu comme un sablé croisé avec un cookie.

 

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Convaincus? Non? Dans ce cas, un petit texte pour vous encourager à ne pas vous agripper à vos certitudes et vos préjugés, et à accepter la transformation de vos opinions… De Montaigne, philosophe connu pour sa souplesse d’esprit:

« Je ne peints pas l’être, je peints le passage: non un passage d’un âge en autre, ou comme le dit le peuple, de sept ans en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. Il faut accommoder mon histoire à l’heure. Je pourrais bientôt changer, tant de fortune que d’intention: c’est une contredanse de divers et muables accidents, et imaginations irrésolues, et, le cas échéant, contraires: soit que je sois autre moi-même, soit que je saisisse les sujets par d’autres circonstances et considérations. Tant il y a que je me contredis bien à l’aventure, mais la vérité, comme disait Demades, je ne la contredis point. Si mon âme pouvait prendre pied, je ne m’essaierais pas, je me résoudrais: elle est toujours en apprentissage et en épreuve. » (Montaigne, Essais, III, 2, vocabulaire modernisé par mes soins).

Qu’est-ce que ça veut dire? Le monde et nous-mêmes sommes en perpétuel changement. Par conséquent, il est inutile d’essayer d’avoir une connaissance définitive des choses (« peindre l’être »). La certitude d’aujourd’hui paraîtra demain absurde, pour peu que nous ayons vu les choses sous un jour différent (et le jour de demain sera différent!) ou changé d’état d’esprit. Mais cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à la recherche de la vérité: au contraire, c’est seulement en gardant cette souplesse mentale qu’on peut reconnaître la vérité quand on la voit (« mais la vérité, je ne la contredis point »): car la vérité est elle-même changeante.

Alors, essayez!

 

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Mantecaos à la farine de pois chiches et aux sucres complets

Je me suis inspirée d’une recette de My Sweet Faery.

  • 200g de farine de pois chiches
  • 50g de sucre de coco + 30g de sucre de canne complet; ou tout coco, ou tout canne, comme vous voudrez
  • 10cl d’huile d’olive
  • 1/4 de cuillère à café de vanille en poudre
  • 3 cuillérées à café de cannelle en poudre
  • 3 cuillérées à soupe d’eau

Préchauffez le four à 180°C.

Dans un saladier, mélangez les sucres avec l’huile d’olive. Ajoutez la vanille et la cannelle, puis la farine de pois chiches. Ajoutez l’eau une cuillérée à la fois: on doit obtenir un mélange très sableux, mais avec lequel on peut quand même former des boules en le pressant dans les mains.

Recouvrez une plaque de papier cuisson et déposez dessus des boules de pâte de la taille d’une balle de ping-pong en les aplatissant légèrement.

Enfournez pour 12 à 15 minutes.

Au sortir du four, les biscuits sont très mous: attendez qu’ils refroidissent un peu avant de les décoller avec une spatule en métal et de les déposer sur une grille à pâtisserie. Saupoudrez d’un peu de cannelle et laissez refroidir complètement.

Suggestion d’accompagnement: de la compote de poire ou de pomme…

 

Tarte paysanne au céleri et au canard – pâte au seigle et à la graisse de canard

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Alors… c’est un genre de tarte…

Je reconnais que ce n’est pas très engageant, mais je crois que l’idée de faire une tarte au céleri me vient de l’épisode de Kaamelott où Séli fait une tarte pour la fête du printemps (« Mais comment vous arrivez à faire un truc aussi immonde avec des ingrédients normaux? »): http://www.tagtele.com/videos/voir/54024/ . Mais rassurez-vous: ce plat n’a en commun avec les prouesses culinaires de Séli que le céleri et la forme de tarte.

Oui, je suis tellement obsédée par la bouffe que dès que j’entends la description d’un plat, même bizarre, j’ai envie de l’essayer. J’ai beaucoup fantasmé sur le gâteau « mangez-moi » d’Alice au pays des merveilles, la galette du petit chaperon rouge, et bien sûr les dragées surprise de Bertie crochue et les patacitrouilles (la grande frustration de ma vie)!

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Pour cette tarte, allez attraper un canard, plumez-le… ou contentez-vous d’acheter un bon magret comme des citadins. Fumez-le vous-même (c’est pas une blague cette fois-ci) en suivant les instructions données par Piment Oiseau. Fumer soi-même du magret, c’est très bon et beaucoup moins cher que le magret fumé en tranches transparentes vendu plus cher que le foie gras dans le commerce… Il faut juste être un peu patient, parce qu’il faut saler la viande pendant une nuit, puis la fumer pendant quelques heures.

Quand j’ai fait cette tarte, je cherchais en fait à utiliser un petit reste de mon magret fumé, ainsi que la graisse. J’ai donc fait une pâte à tarte au seigle et à la graisse de canard fumée: ne vous effrayez pas, la graisse de canard c’est délicieux et très bon pour la santé (paraît-il). Ca a donné un parfum de volaille généreux à toute la tarte (j’ai dit de volaille, pas de poulailler!), un goût un peu noisetté.

Pour récupérer la graisse: détachez la peau du magret fumé et incisez-la légèrement avec un couteau bien aiguisé. Mettez-la dans une poêle à feu doux et récupérez au fur et à mesure la graisse fondue, avec une cuillère à soupe. Laissez refroidir. Je vous conseille de récupérer toujours la graisse des magrets de cette façon, on peut l’utiliser pour sauter des légumes, etc.

Si toutefois vous n’avez pas envie de fumer un magret de canard, vous pouvez utiliser de la graisse de canard du commerce, ou de l’huile d’olive, ou du beurre… mais dans ce cas, il faudra ajouter une pincée de sel à la pâte, car la graisse du magret fumé est salée. Vous pouvez remplacer les dés de canard dans la garniture par du jambon cru.

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Tarte paysanne au céleri et au canard

Pour la pâte:

  • 150g de farine de seigle T130
  • 50g de farine de blé T110
  • 60g de graisse de canard froide (figée)

Pour la garniture:

  • 1/2 oignon (ou plus si vous voulez)
  • environ 6 branches de céleri
  • 2 cuillérées à soupe de raisins secs
  • un talon de magret fumé (j’ai fumé le mien au romarin et au thym), j’ai pas pesé, désolée…
  • huile d’olive

Pour la liaison:

  • 3 œufs
  • 10cl de crème de soja
  • sel, poivre, noix de muscade

 

Préparez la pâte: mélangez les farines dans un saladier. Ajoutez la graisse de canard et travaillez du bout des doigts pour répartir la graisse dans la farine et obtenir une consistance sablée. Ajoutez de l’eau froide en petite quantité jusqu’à obtenir une pâte homogène, souple et facile à mettre en boule. Enveloppez la pâte de film étirable (oui, je sais, c’est pas écolo, mais si vous avez mieux pour empêcher la pâte de sécher, vous me dites) et réservez au frais pour 30 min.

Préchauffez le four à 210°C.

Nettoyez le céleri et détaillez-le en tronçons.

Emincez l’oignon et faites-le revenir à la poêle à feu doux dans un peu d’huile d’olive jusqu’à ce qu’il soit blond. Augmentez le feu et ajoutez les morceaux de céleri. Faites sauter quelques minutes pour les attendrir. Réservez.

Etalez la pâte puis déposez-la dans un moule à tarte, beurré et fariné si nécessaire. Déposez les légumes sur le fond de tarte. Emincez le canard en petits « lardons » et répartissez-les sur la tarte. Répartissez de même les raisins secs.

Préparez la liaison: battez les œufs en omelette dans un saladier avec la crème. Salez, poivrez et assaisonnez de noix de muscade. Versez la liaison sur le fond de tarte.

Enfournez pour 40 minutes.

Endives étuvées marinées, au laurier et à la coriandre

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Les endives ont le goût de la maturité. Vous pensez peut-être que je peux difficilement parler de la maturité à mon âge. Mais on peut dire que l’une des étapes de la maturité est justement le goût pour les endives, le goût pour l’amertume. Jusqu’à très récemment, je n’imaginais pas trouver un autre intérêt aux endives que celui d’être le seul légume à feuilles qui reste chez le maraîcher en plein hiver. C’est le légume le moins amusant qui soit, non?

Les endives sont blanches et amères comme le grand âge. Mais le grand âge est-il amer? Ou n’a-t-il que l’amertume des endives, une amertume fraîche, légère, franche, confiante en quelque sorte? La saveur de l’endive est humble: simple, plate, unilatérale. Sa modestie donne à ce légume une sorte de réserve, quelque chose d’éthéré. Manger une endive, c’est recevoir une leçon contre la vanité des douceurs et des assaisonnements: elle nous met en face d’un fait brut, incontournable. C’est pour ça que l’endive est si mal-aimée: elle a un côté « moraliste du XVIIe siècle » passablement ennuyeux. L’endive, c’est le légume puritain par excellence.

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Mais j’aime de plus en plus cette amertume, cette rigueur. Comme le grand âge, elle a ses consolations, sa douceur cachée (il paraît…). Pour continuer sur ce passionnant sujet, je compte sur vos commentaires pour répondre à cette question philosophique de grande importance: l’endive est-elle le légume de la sagesse? (Durée: 4h. L’usage de la calculatrice est interdit).

Mais comme je suis encore jeune, j’ai quand même besoin d’une bonne quantité d’assaisonnements et d’épices pour vraiment apprécier le mystère profond de l’amertume de l’endive. Alternative un poil plus adulte au traditionnel « cachons l’endive sous du jambon, de la béchamel et du fromage », cette recette ne dissimule pas l’amertume, mais l’équilibre avec des notes douces et acidulées. C’est une recette de Joël Robuchon (trouvée dans Le Grand livre de cuisine de Joël Robuchon, édition Alain Ducasse), que j’ai à peine modifiée, parce que tout de même, je fais confiance au maître. Et j’ai bien fait parce que c’est un plat très fin et équilibré, et surtout très riche en saveurs: point de moralisme sévère ici!

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Endives étuvées marinées, au laurier et à la coriandre

  • 4 grosses endives, ou 8 ou 9 petites
  • 35g de raisins secs
  • 8cl d’eau
  • 5cl d’huile d’olive
  • le jus d’un citron et demi
  • 1 branche de thym
  • une dizaine de feuilles de laurier
  • 2 cuillérées à café de graines de coriandre
  • 1 cuillérée à café de poivre noir en grains
  • 3 clous de girofle
  • 1/2 cuillérée à café de sucre
  • sel

Nettoyez les endives et coupez-les en deux si elles sont grosses. Disposez-les bien serrées dans un plat allant au four.

Préchauffez le four à 180°C.

Blanchissez les raisins (ne me demandez pas pourquoi, Joël Robuchon dit de le faire alors je discute pas et je le fais). Egouttez-les et mettez-les dans une gaze nouée avec de la ficelle de cuisine.

Mettez tous les ingrédients sauf les endives dans une casserole. Ajoutez le paquet de raisins. N’oubliez pas de saler généreusement. Portez à ébullition puis laissez cuire 10 min à feu doux.

Sortez les raisins de la gaze et répartissez-les sur les endives. Répartissez aussi les feuilles de laurier en les intercalant entre les endives. Versez la marinade chaude par-dessus.

Faites chauffer le plat quelques minutes sur le feu, puis couvrez-le avec une feuille de papier cuisson.

Enfournez pour 20 min, puis éteignez le four et laissez les endives refroidir dans le four.

Servez froid.

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Cakes rhum-raisin en pots pour le KKVKVK#61

 

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Quel est le bon moment pour commencer un blog de cuisine?

C’est une envie que j’avais depuis longtemps. Mais je me disais « pas encore », pour plusieurs raisons:

« Je ne sais pas assez bien cuisiner »: c’est vrai, je n’ai jamais réussi à faire des macarons. Comment peut-on prétendre donner des recettes aux gens si on est même pas capable de faire des macarons, hein? Cela dit, les macarons, c’est so années 2000. Je pense donc que je peux donner le change sans macarons un petit moment.

« Je suis nulle en photographie ». Il y a du vrai aussi là-dedans. A l’heure actuelle, j’ignore la fonction de la moitié des boutons de mon appareil photo, qui n’est pourtant pas particulièrement sophistiqué. Mais le seul moyen de progresser, c’est d’avoir quelque chose qui me force à prendre des photos régulièrement. Et déjà, au bout de 4 articles sur ce blog, j’ai fait des progrès significatifs: j’ai compris que mon logiciel de retouche n’avait pas et n’aurait jamais d’outil « fer à repasser la nappe ». C’est fou tout ce qu’on voit sur une photo qu’on avait pas remarqué dans la réalité.

« Je n’ai pas le temps », autrement dit « passe ton CAPES d’abord »: d’ailleurs, il faudrait mieux que j’arrête de cuisiner, et donc de manger autre chose que des nouilles instantanées, jusqu’à ce que j’ai fini mes études. Beaucoup plus raisonnable.

« Je suis mal équipée et je n’ai pas de place »: mais quoi de mieux qu’un blog de cuisine pour faire passer de manière subliminale des idées de cadeaux de noël à ma famille et à mes amis?

Bref, suite à ces réflexions, j’ai décidé que la peur de ne pas faire les choses au bon moment était une angoisse que je pouvais surmonter. En fait, un blog permet justement de faire les choses à son rythme. Je fais une recette un jour, les photos le lendemain avec les restes, j’écris l’article un mois plus tard, où est le problème? C’est pour ça que j’écris la recette d’un cake de Noël alors qu’on est censé être tous en train de faire des galettes des rois. Qui me le reprochera?

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Le thème du KKVKVK#61 (c’est un concours de cuisine entre blogueurs, qui s’intitule sobrement « Ki Ki Veut Ki Vient Kuisiner »), organisé par Marie Chioca du blog Saines gourmandises, est parfait pour prendre son temps: les gâteaux en bocaux! C’est une idée brillante: le principe, c’est de faire cuire de la pâte à gâteau dans des pots à confiture, puis de les fermer dès qu’ils sortent du four, quand ils sont encore brûlants. De cette manière, ils sont stériles et peuvent se conserver longtemps, sans se dessécher ni rancir. J’aurais jamais osé toute seule mettre des pots de confiture au four, de peur qu’ils explosent, mais il n’y a eu aucun problème. De cette manière, on fait un gâteau quand on a envie, et on le mange quand on a envie.

Moi, j’ai eu envie de faire un cake qui ressemble un peu à un Christmas cake. Dans ma famille, le Christmas cake est le dessert de noël incontournable, selon une tradition qui remonte à plusieurs générations. Ce gâteau de noël anglais est un cake aux fruits confits, dont les raisins ont gonflé dans le rhum. Il a une texture très dense et très riche en fruits confits, par conséquent c’est très sucré. On le recouvre ensuite d’une couche de pâte d’amandes, puis d’une glace royale (un glaçage à base de blancs d’œufs et de sucre glace, très craquant et d’un blanc immaculé), et enfin on décore avec des fruits confits. Le tout tient donc plus de la confiserie que du gâteau, et est tellement roboratif qu’on ne peut en manger qu’une tranche très fine à la fin du réveillon. Vous l’aurez compris, je ne raffole pas du Christmas cake; par contre, la combinaison rhum-raisins, ça m’intéresse beaucoup, et surtout noël n’est pas vraiment noël sans son Christmas cake.

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Mais ce qui m’a vraiment donnée l’idée de ces cakes, c’est le Rum and Raisin Bundt Cake de Golubka Kitchen. Elle a eu l’idée de mettre de la purée de patate douce dans la pâte pour lui donner du moelleux. Quand j’ai vu ça, j’ai tout de suite commencé à fantasmer sur un gâteau rhum-raisin dense et moelleux, peu sucré, au bon goût de « complet ». Et je me suis retrouvée à faire des cakes en pots l’après-midi du 24 décembre au lieu de préparer le repas du réveillon et au lieu de réviser le CAPES. Je me suis donc inspirée de la recette de Golubka, mais je l’ai pas mal modifiée: je l’ai dé-veganisée avec des œufs et du beurre (parce que je cherchais à retrouver un parfum de Christmas cake), j’ai remplacé les poires par une pomme, j’ai ajouté du son d’avoine… Le résultat était comme je l’espérais: très moelleux, peu sucré (je voulais un gâteau qui convienne au goûter et au petit-déjeuner, vous pouvez mettre plus de sucre si vous avez le bec sucré), avec un bon goût de rhum, bref il combine tout ce que j’aime dans le Christmas cake sans avoir le côté étouffe-chrétien que ce gâteau anglais peut avoir. Et grâce à l’idée de Marie Chioca, contrairement au Christmas cake qui est un gâteau énorme, qui se conserve bien, mais dont on a généralement marre au bout de quelques jours, mes cakes sont des portions « individuelles » en pot qu’on peut manger plusieurs semaines après noël. J’espère que je n’ai vexé aucun anglais…

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Cakes Rhum-raisin en pots, à la patate douce et à la pomme

Pour 6 pots à confiture:

  • 100g de raisins secs
  • 1 grosse pomme (230g), râpée
  • 180g de purée de patate douce (une patate douce de taille moyenne cuite à la vapeur et mixée)
  • 10cl de rhum
  • 70g de beurre mou
  • 2 œufs
  • 1 cuillérée à soupe de vinaigre de cidre
  • 1/2 cuillérée à café de vanille en poudre
  • 2 cuillérées à soupe de sucre complet ou de sucre de coco (facultatif, je pense que les raisins, la pomme et la patate douce peuvent suffire à sucrer la pâte)
  • 200g de farine de grand épeautre T110
  • 35g de son d’avoine
  • 2 cuillérées à café de levure chimique
  • 1+1/2 cuillérées à café de bicarbonate de soude
  • 1/2 cuillérée à café de sel

Préchauffez le four à 180°C.

Mettez le beurre dans un grand saladier avec le sucre et travaillez-le en pommade à la cuillère. Ajoutez les œufs et la purée de patate douce, mélangez bien. Ajoutez le rhum, le vinaigre de cidre et la vanille, mélangez.

Dans un autre grand saladier, mélangez la farine, le son d’avoine, la levure, le bicarbonate et le sel. Versez-y le mélange aux œufs et à la patate douce et mélangez juste ce qu’il faut pour que la farine soit bien incorporée.

Ajoutez les raisins et la pomme, mélangez.

Beurrez et farinez 6 pots à confiture de taille moyenne (type b**ne m*m*n) munis de couvercles. Je n’ai pas eu de mal à démouler les gâteaux, mais pour que ce soit encore plus facile, vous pouvez découper des disques de papier cuisson aux dimensions du fond des pots et les mettre au fond des pots avant de verser la pâte.

Versez la pâte jusqu’aux 2/3 environ de chaque pot:

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Enfournez pour 45 minutes.

Quand les cakes sont cuits (la lame d’un couteau plongée au cœur doit ressortir propre), sortez-les du four un par un avec des maniques et vissez immédiatement leur couvercle.

Laissez refroidir. Les cakes se conservent au moins deux semaines (je ne peux pas en dire plus pour l’instant…). Ils ne deviennent pas rances. Toutefois, les saveurs se diffusent pendant ce temps et ils auront un goût différent. J’ai remarqué que le goût de la pomme était plus présent au bout d’une semaine (il était quasiment indécelable au début). Je les ai préférés quand ils étaient encore frais parce que je n’aime pas beaucoup les gâteaux à la pomme, mais c’est une question de goût.

Scones complets aux noix

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C’est comme ça que je me représente les nourritures spirituelles…

C’est parfois troublant de se rendre compte de ça: tout ce que notre cerveau produit, tout notre monde intérieur, toutes nos émotions, tout ce que l’humanité a été capable d’inventer, pensées, sciences, arts et techniques… Tout ça dépend en fin de compte d’un taux de sucre sanguin idéal et d’un apport suffisant en oméga 3.

Les efforts de la volonté ne peuvent rien contre une crise d’hypoglycémie qui me transforme en Mr Hyde croisé avec un poulpe en quelques minutes. Mes efforts de discipline mentale pédalent dans la choucroute comme un disque dur défectueux si j’ai l’imprudence de sauter le goûter.

Pourquoi avons-nous tant de mal à accepter cette dépendance? Pourquoi avons-nous appris à culpabiliser et à râler quand on doit s’arrêter de travailler pour se reposer et pour manger?

Ces scones aux noix réconfortants sont la nourriture terrestre dont j’ai besoin: ils sont humbles et riches, solides mais encore moelleux et aérés.

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Scones complets aux noix

Pour 8 scones:

  • 150g de farine complète de grand épeautre
  • 75g de farine de seigle T130
  • 1 cuillérée à café de levure chimique
  • 1 cuillérée à café de bicarbonate de soude
  • 1/2 cuillérée à café de sel
  • 15cl de lait de soja ou autre lait
  • 1 œuf
  • 40g de beurre mou
  • 50g de noix hachées grossièrement

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Préchauffez le four à 210°C.

Dans un saladier, mélangez les farines, la levure, le bicarbonate et le sel. Creusez un puits et versez-y le beurre mou et l’œuf. Mélangez le beurre avec l’œuf à la fourchette. Versez le lait progressivement en incorporant la farine en même temps. Mélangez jusqu’à obtenir une pâte homogène, mais ne la travaillez pas trop. Ajoutez les noix, mélangez rapidement.

La pâte est collante; c’est normal. Recouvrez une plaque de papier cuisson et versez-y la pâte en tas. A l’aide du dos d’une cuillère à soupe trempée dans l’eau tiède, aplatissez la pâte et façonnez-la en un disque de 2 cm d’épaisseur. A l’aide d’un couteau trempé dans l’eau, prédécoupez des parts.

Enfournez pour 20 minutes.

Fermez votre ordinateur, faites-vous un thé et enroulez vous dans un plaid, puis nourrissez-vous de ces scones tièdes (ça se réchauffe très bien au grille-pain) tartinés de beurre (oui, de beurre, j’insiste!). Vous aurez plein de nouvelles idées après.